Portraits

Monique Surroca : son combat syndical au service du handicap



 

La passion de la chimie a amené Monique Surroca, originaire d’un petit village des Pyrénées-Orientales, à s’installer dans la région lyonnaise où elle vit toujours aujourd’hui. C’est là qu’elle a obtenu un DUT et une licence de chimie, avant de faire carrière dans l’industrie pharmaceutique. En 2016, une aggravation des séquelles d’une polio l’a conduite à l’inaptitude. Depuis elle se consacre entièrement à son engagement syndical et plus spécialement à la cause du handicap.

A 62 ans, Monique Surroca a passé toute sa vie professionnelle dans le secteur de la santé animale et des vaccins pour les animaux. Ayant rencontré le syndicalisme très tôt, elle a exercé, en quelque trente-cinq ans, toutes sortes de mandats (DP, CHSCT, CE, déléguée syndicale…). On lui doit l’implantation d’une section FO sur le site de Mérial (géant de la santé animale) à Saint-Priest, en banlieue lyonnaise. Jusque-là FO n’en avait qu’une au siège du groupe, à Lyon.

C’est en suivant l’accord handicap existant chez Mérial que la militante s’est investie dans la cause du handicap. Pour FO, elle a intégré la commission handicap départementale puis, à la confédération, elle a participé à la concertation sur l’offre de service pour l’emploi des personnes handicapées, aux côtés de la conseillère confédérale chargée du handicap, Anne Baltazar. Monique est également membre de la CCIPH, la Commission confédérale pour l’insertion des personnes handicapées. Sur le plan régional, elle souligne qu’il reste beaucoup à faire, notamment sur le volet emploi des personnes handicapées dans le secteur privé : alors qu’il devrait atteindre la règle des 6 % (de l’effectif total de toute entreprise d’au moins 20 salariés), le pourcentage était de 3,9 % en 2018 pour les emplois directs dans la région Rhône-Alpes et même de 3,4 % dans le département du Rhône.

Des situations de handicap croissantes

Pour Monique, « malgré le renforcement des obligations d’emploi en janvier dernier, la situation reste difficile ». Elle le constate sur le terrain. Concernant le maintien dans l’emploi, elle remarque qu’on se heurte souvent à des problèmes d’accès à la formation, par exemple dans la métallurgie où les situations de handicap se multiplient avec l’âge. Les personnes concernées peinent à se reconvertir correctement. Depuis 2018, elle a un mandat prud’homal en section industrie où pas moins d’un dossier sur quatre concerne l’inaptitude. Ses connaissances y sont fort utiles, tout comme auprès de ses camarades FO souvent un peu démunis face au handicap. D’autant qu’en cette matière, les réformes successives, et en particulier les ordonnances de 2017, ne sont pas toujours très « lisibles ». Les élus FO ont parfois  du  mal à s’y retrouver. « Avant on essayait de s’occuper des plus fragiles, maintenant on bataille pour maintenir les droits acquis. Les personnes en situation de handicap sont particulièrement impactées par le fait que les licenciements pour inaptitude ont été rendus plus faciles. » Si on allonge la durée de travail et donc que l’on aggrave l’usure qui en découlera, on risque d’avoir de plus en plus de cas d’inaptitude et de licenciements de personnes en situation de handicap, s’inquiète Monique, dont l’expérience est précieuse.

Michel Pourcelot : L'inFO militante n° 3323 Mercredi 26 février 2020

Frédéric Blanc : Photographe

Eric Bricaud-Ragot : Par-delà le handicap, un militant super actif



 

 

Éric Bricaud-Ragot, 46 ans, conseiller à Pôle emploi, est atteint d’une importante surdité (70 %) mais n’en déploie pas moins une importante activité, tant pour FO que pour les personnes en situation de  handicap.

Le seul syndicat qui porte le handicap au niveau national et même international, notamment à l’OIT, c’est FO. » Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle Éric Bricaud-Ragot a intégré la section FO-Pôle emploi 66 (Pyrénées-Orientales) en 2015, avant de faire partie des Organismes sociaux divers et divers (OSDD). « J’ai apporté mon expertise sur le volet handicap auprès de mes camarades et de l’UD 66, et des élus FO Pôle emploi Occitanie. » S’il s’est décidé à militer à FO, c’est parce que ses « valeurs humanistes et fraternelles correspondent aux miennes et à mes aspirations ». Pour Éric, FO « sait négocier, agir et revendiquer », ainsi que « défendre, informer et conseiller », et cela « quel que soit le statut ou les origines des personnes qu’elle défend ». L’organisation « a la capacité de travailler en interprofessionnel, de faire respecter le droit et toujours le  droit ».

Éric fait partie de la CCIPH, la Commission confédérale pour l’insertion des personnes handicapées, où, mandaté par Anne Baltazar, conseillère confédérale FO chargée du handicap, il participe à la concertation pour remettre à plat la politique d’emploi des travailleurs handicapés : « Pôle emploi devrait être impacté, j’ai apporté mon expertise sur le volet emploi accompagné. » Une expertise, doublée de quelque vingt-deux ans d’expérience professionnelle, qui a nourri le mémoire qu’il a présenté en mai 2017. Ce travail a été réalisé lors d’un congé individuel de formation en vue d’un DPITSH (Diplôme de  chargé de projets d’insertion professionnelle des travailleurs en situation d’handicaps), de janvier 2015 à mars 2017, au Collège coopératif de Bretagne (CCB). Éric a consacré ce mémoire, de niveau master 1, aux problématiques d’insertion professionnelle des demandeurs d’emploi en situation de handicap. Il y a analysé notamment les difficultés rencontrées aussi bien par les demandeurs d’emploi en situation de handicap dans leur parcours d’insertion professionnelle que par les conseillers à l’emploi généralistes de Pôle emploi.

Multipôles

Originaire de Vénissieux, près de Lyon, Éric reçoit d’abord une formation BTS Force de vente et langues étrangères. Il travaille dans le privé, se trouve confronté au chômage avant d’être embauché par Pôle emploi en 2003. Devenu conseiller à l’emploi et après plusieurs mutations, Éric est actuellement en poste, depuis décembre 2018, au Pôle emploi de Saint-Gaudens (Haute-Garonne). Là, il accompagne trois cents demandeurs d’emploi dont environ trente en situation de handicap : « C’est un public qui  nécessite  des contacts fréquents. » Il retrouve des problématiques qu’il connaît bien, pour avoir été lui-même confronté au parcours du combattant des travailleurs en situation de handicap. Tout cela ne l’empêche pas d’être également impliqué dans le monde associatif : « Surtout sur le champ du handicap. Je continue de partager mes recherches avec le plus grand nombre. Je fais du télé-bénévolat sur les réseaux sociaux.» Il projette également d’effectuer « des webinaires [Web séminaires, NDLR], des conférences, de créer des vidéos sur Internet et les réseaux sociaux. Je continue à m’informer, me former ». Éric n’est pas près de s’arrêter en si bon chemin…

Michel Pourcelot : L'inFO militante n° 3314 Mercredi 16 octobre 2019

Frédéric Blanc : Photographe